« Il n’y a qu’un seul chemin et c’est votre chemin » C.G. Jung dans « Le livre rouge »

 » Le livre rouge »  est un livre de C.G. Jung qui a été publié longtemps après sa mort. De son vivant il n’a pas souhaité le publier car il craignait qu’il ne soit pas ou mal compris. Seuls quelques proches avaient pu en avoir connaissance.

Ce livre composé de textes, peintures – mandalas, illustrations… est inspiré. Il est directement issu de l’inconscient par des visions, des imaginations actives… C’est un livre poétique, prophétique qui est le résultat de sa confrontation directe avec l’inconscient. Il n’est pas rationnel comme l’est toute son œuvre qu’il a voulu scientifique. Néanmoins et aussi grâce à cela il exprime des vérités profondes. En voici un petit extrait (page 231)  :

    Mes amis : Ce n’est pas une doctrine, pas un enseignement que je vous donne. D’où tirerais-je le droit de vous donner des leçons ? Je vous révèle le chemin de cet être humain, son chemin mais pas votre chemin. Mon chemin n’est pas votre chemin ; Je ne peux donc pas vous instruire. Le chemin est en nous, mais pas dans les dieux, ni dans les doctrines, ni dans les lois. C’est en nous qu’est le chemin, la vérité et la vie.

    Malheur à ceux qui vivent selon des modèles ! La vie n’est pas avec eux. Si vous vivez selon un modèle, vous vivez la vie d’un modèle, mais qui vivra votre vie sinon vous-mêmes ? Donc vivez vous-mêmes.

    Les panneaux indicateurs sont tombés, des sentiers incertains se déroulent devant nous. Ne soyez pas avides d’avaler les fruits qui se trouvent dans le champ des autres. Ne savez-vous pas que vous êtes le champ fertile qui porte tout ce qui vous est utile ?

    Mais qui le sait aujourd’hui ? Qui connaît le chemin qui mène aux champs éternellement fertiles de l’âme ? Vous cherchez le chemin par le biais d’éléments extérieurs ; vous lisez des livres et écoutez des avis : à quoi bon ?  

    Il n’y a qu’un seul chemin et c’est votre chemin.

    Vous cherchez le chemin ? Je vous mets en garde contre mon chemin. Il peut être pour vous le mauvais chemin.

    Que chacun suivre son propre chemin.

    Je ne veux être pour vous ni un sauveur, ni un législateur, ni un éducateur. Allons, vous n’êtes plus des enfants.

    Légiférer, vouloir améliorer, faciliter est devenu une erreur et un mal. Que chacun cherche son propre chemin. Le chemin conduit à un amour réciproque dans la communauté. Les hommes verront et ressentiront la ressemblance et le caractère commun de leurs chemins.

   … La violence suscite la violence, le mépris suscite le mépris, l’amour suscite l’amour. Donnez la dignité à l’humanité et soyez confiants que la vie trouvera le meilleur chemin.

   … soyez patients avec ce monde estropié et ne surestimez pas sa beauté parfaite.

Le chemin dont il est question ici est ce que Jung a appelé par ailleurs le chemin de l’individuation c’est-à-dire le chemin de vie, personnel à chacun, qui nous emmène vers ce que nous sommes profondément. Ce chemin se découvre pas à pas en vivant tout simplement. Il est souvent inconscient, chaotique. Il n’est pas rare que des personnes regrettent des actions ou orientations qu’elles ont prises dans leur vie sans se rendre compte que c’est ce bout de chemin passé qui les a conduit vers ce qu’elles sont et  pensent aujourd’hui.

Ce chemin est individuel. Il ne peut-être copié sur celui des autres. Le livre rouge est une expression du chemin individuel de Jung ce qui explique pourquoi il n’a pas décidé de le publier. Néanmoins il a beaucoup travaillé à le mettre en forme  pour une publication éventuelle au moins dans un cercle restreint. Il serait ridicule de prendre ce qu’il écrit à la lettre et de rejeter totalement son chemin ou celui d’autres. Nous serions des « enfants » qui suivent un « sauveur » ou « législateur » ou  « éducateur », qui dans leur toute puissance, auraient découvert la vérité à s’imposer et à imposer aux autres. Notre chemin se construit aussi en découvrant celui des autres tout en sachant qu’il n’est pas le nôtre. Voici quelques rêves qui montrent comment se découvre, se construit notre chemin.

Rêve – J’avance pas à pas dans le brouillard

La rêveuse est dans une ville qu’elle ne connaît pas. C’est une ville à la fois ancienne et nouvelle. Il y a un brouillard intense, elle est perdue. Elle ne sait pas où aller et avance pas à pas.

Nous avons tellement besoin de sécurité, nous avons tellement peur du futur que nous planifions en permanence le chemin que nous voulons prendre. Cette façon de faire est nécessaire pour tout ce qui concerne le concret, l’extérieur. Il faut une planification pour construire une maison, créer les fondations avant le toit… Mais cette démarche n’est pas du tout bonne en ce qui concerne notre intériorité. La difficulté est que l’intérieur et l’extérieur tout en étant séparés sont très imbriqués. Quand le moi va trop loin dans cette démarche de prévision, de planification, l’inconscient vient compenser notre attitude en nous faisant perdre tous nos repaires. En général ce n’est pas facile à accepter et la tentation est grande de trouver rapidement les moyens de sortir de cette « dépression ».

Ce rêve est l’expression d’une « dépression ». La rêveuse ne connaît pas le lieu où elle se trouve, elle est perdue et ne sait pas où aller dans ce brouillard intense. Néanmoins elle n’est pas complètement tétanisée, elle avance pas à pas. Elle fait ce qu’elle peut, humblement avec ses moyens. C’est ce que nous sommes obligés de faire quand la vie nous met dans des difficultés insurmontables sauf à refuser la réalité, toujours et toujours, ou à abandonner la vie. Son rêve lui donne une indication importante sur son état. Elle est dans une ville qu’elle ne connaît pas. Il y a donc du changement en elle et elle (son moi) va devoir s’y adapter. Ce changement n’est pas complètement radical. Il s’appuie sur son passé. La ville est à la fois ancienne et nouvelle.

Rêve – Chemin obscur, elle suivait l’homme

La rêveuse se voyait sur un chemin obscur, marchant dans la boue. Elle suivait un homme dont elle ne distinguait que le pan de sa cape noire. A chaque pas que l’homme faisait, il laissait, dans la boue, une trace en forme de croissant. La clarté de la lune la faisait briller. La rêveuse devait veiller à mettre ses pas dans les traces ainsi rendues visibles.

Ce rêve est extrait du livre QUAND LE RÊVE DESSINE UN CHEMIN page 253   Étienne Perrot  aux Éditions de La Fontaine de Pierre

Nous retrouvons la désorientation du rêve précédent mais ici la rêveuse a plus de repères pour découvrir son chemin. Le repère principal c’est cet homme qui la précède et qu’elle suit pas à pas en mettant ses pas dans les traces de l’homme. Cet homme est ici son homme intérieur ou son inconscient masculin. Il est son guide car étant dans l’inconscient, dans le noir, le sombre il sait se diriger. Pour voir les traces des pas de l’homme elle est aidée par la lumière de la lune, cette lune qui est évoquée aussi par la forme du croissant. Ce n’est pas la lumière conquérante du soleil qui correspondrait mieux à la démarche rationnelle du conscient mais une lumière douce qui éclaire dans la nuit inconsciente .

Je voudrais vous alerter sur la tentation courante qui serait de plaquer l’interprétation de ce rêve sur d’autres rêves analogues ou sur des situations de la vie extérieure. L’interprétation d’un rêve est aussi un chemin unique au rêve, à la personne concernée et au moment où elle l’a rêvé. Il ne faudrait surtout pas en déduire que tous les hommes qui apparaissent dans les rêves de femmes sont des guides. Ils le sont potentiellement dans la mesure où ils sont des parties inconscientes en elles (des ombres) qu’elles doivent apprendre à connaître, à reconnaître mais pas obligatoirement à suivre.

Une erreur courante est également de confondre l’intérieur et l’extérieur et pas seulement quand il est question de rêves. Il ne faudrait surtout pas en déduire que la femme doit suivre l’homme dans le domaine de la réalité extérieure comme il ne faut pas en déduire que l’homme doit suivre la femme.

Pour un rêveur le guide sera plutôt sa femme intérieure comme Ariane dans la mythologie grecque. Avec son aide, son amoureux Thésée pourra pénétrer au centre du labyrinthe afin de tuer le monstre, le Minotaure, puis retrouver le chemin de la sortie avec le fameux fil d’Ariane.

Voici un rêve de labyrinthe.

Rêve – L’hôpital psychiatrique a la forme d’un labyrinthe

Un hôpital psychiatrique qui a la forme d’un labyrinthe. Comment sortir de là? La rêveuse trouve une belle porte blanche avec un liseré bleu ciel. Malheureusement il y a derrière une grille qui empêche le passage. La rêveuse a réussi à passer. Elle découvre deux hommes dont l’un est artiste. Ils sont dans leur atelier. Ils ne font rien, s’ennuient, n’ont pas le moral. La rêveuse les fait rire. L’artiste se met à faire le pantin en jouant. Ils deviennent gais. Ils vont sortir tous les trois.

L’hôpital psychiatrique est un lieu de soin pour les personnes dont la santé mentale est fragile. C’est un lieu fermé qui est sécurisant pour ces personnes. Il les protège de l’extérieur qu’elles ressentent comme menaçant. Pour des personnes non fragiles ou moins fragiles il peut devenir une prison. En général il ne peut être qu’un lieu transitoire. Ici l’hôpital psychiatrique a la forme d’un labyrinthe. Le labyrinthe est un symbole très proche de l’hôpital psychiatrique. Il peut être vu comme un lieu de soin dans la mesure où c’est une aide pour trouver un chemin qui nous emmène vers notre profondeur, notre centre (Soi). Il est utilisé ou a été utilisé dans de nombreuses traditions spirituelles par exemple en Inde dans certains temples ou à la cathédrale de Chartres. Mais il faut pouvoir en sortir sinon il devient une prison.

La rêveuse (son moi) est perdue dans ce labyrinthe qui représente son inconscient. Son premier réflexe pour trouver la sortie est d’utiliser sa conscience lumineuse, cette belle porte blanche mais cela ne fonctionne pas car derrière il y a une grille. Elle a réussi à passer nous ne savons pas comment, ni elle d’ailleurs. Elle a probablement laissé tomber sa conscience lumineuse, sa volonté, pour se laisser guider par son intuition ou ce qu’on nomme le hasard. Et là elle découvre ces deux hommes qui dépriment. Cela explique que dans la réalité extérieure elle se sentait dans cet état. Ils s’ennuyaient  car elle ne s’intéressait pas à eux. Sa présence a réveillé l’artiste endormi en elle comme le prince charmant a libéré la belle  dans le conte de la belle au bois dormant. Et cette libération, comme par miracle, leur permettra à tous les trois de trouver la sortie. C’est bien dans une sensation de libération qu’elle s’est réveillée après ce rêve.

Les rêves exprimant la recherche de notre chemin sont nombreux. Vous en aurez un nouvel exemple en lisant le Rêve – La trottinette un moyen pour atteindre la Jérusalem céleste dans l’article « L’amour est-il impossible? »

Fichier pdf de cet article